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NMC - Page 4

  • (Review) Jiří Dynda – Slavic Paganism in Medieval Christian Writings

    dynda.jpgJiří Dynda, Slavic Paganism in Medieval Christian Writings. Ink, Cross, and Pagan Gods, 2025, Leiden, Brill

    On assiste depuis quelques années à un renouveau de publications en anglais de travaux importants sur la mythologie et la religion des Slaves païens. Citons par exemple le recueil de sources édité sous la direction de Juan Antonio Álvarez-Pedrosa1 ; l’essai sur les rituels par Juan Antonio Álvarez-Pedrosa et Enrique Santos Marinas2, celui sur la religion des Slaves de l’Ouest selon les sources allemandes par Stanisław Rosik3. Le chercheur tchèque Jiří Dynda s’insère maintenant dans ce courant, après avoir publié quelques excellents articles ainsi que de remarquables monographies en tchèque. Le présent ouvrage est en quelque sorte une synthèse mise à jour issue de deux de ces monographies4.

    Son angle d’étude est original : il ne s’agit en effet pas d’un livre qui traite directement de la mythologie slave, mais plutôt du regard que les auteurs chrétiens ont eu sur cette mythologie. En effet, à la différence d’autres peuples christianisés tardivement, tels que les Irlandais ou les Scandinaves, les Slaves n’ont pas écrit directement sur leur propre mythologie, et si l’on fait exception des textes de la Rus’ kyivienne, toutes les sources contemporaines des faits sont dues à des auteurs chrétiens non-slaves. Il convient donc d’examiner attentivement ces sources et d’identifier leurs éventuels biais avant de les employer dans des études mythologiques. Ainsi, Slavic Paganism in Medieval Christian Writings s’ouvre sur une introduction méthodologique remarquable montrant les différentes façons qu’ont eu les auteurs chrétiens d’interpréter les divinités païennes : évhémérisme, interpretation classica, interpretatio daemonica, et sur les diverses façons qu’on eut ensuite les chercheurs de lire ces auteurs. Cette introduction mérite clairement d’être lue pour elle seule : elle peut s’appliquer à bien d’autres domaines, par exemple l’Irlande ancienne, où là aussi toutes les sources sur la religion et la mythologie sont chrétiennes.

    Le livre lui-même se scinde en trois parties qui séparent les textes non pas vraiment du point de vue chronologique ou géographique, mais du point de vue du but qu’ils visent. Dans la première partie, il est ainsi question des récits qui relatent la christianisation des derniers slaves, quand ces récits sont contemporains ou immédiatement postérieurs à cette christianisation. Le paganisme y est donc vu comme un ennemi extérieur (« Paganism as an External Enemy), car les auteurs sont tous germaniques. Cela n’empêche pas des différences entre ceux-ci. Thietmar voit les païens comme des apostats, Adam de Brême se veut plus objectif, Helmold observe les choses directement sur le terrain, tandis que les biographes d’Otto de Bamberg recueillent les paroles de ceux qui ont accompagné le missionnaire dans son travail. À cela s’ajoute le fait que cette christianisation s’est opérée différemment selon les endroits : si la Poméranie a été christianisée via des missions qui se sont déroulées plus ou moins pacifiquement, ailleurs, il y a eu une véritable croisade, parallèle à la Seconde Croisade prêchée par Bernard de Clairvaux, dont les visées étaient clairement exterminatrices.

    La seconde partie aborde des sources qui ne sont pas nécessairement plus récentes, mais qui présentent ce processus de christianisation comme achevé. Il s’agit pour l’essentiel de chroniques du Moyen Âge central et du bas Moyen Âge, ainsi que de quelques textes hagiographiques dont les données relèvent le plus souvent du cliché. Seules les chroniques ont finalement un intérêt réel car elles préservent parfois des fragments de mythologie, fragments qu’il faut cependant toujours aborder en ayant à l’esprit que les auteurs ont une culture savante, inspirée d’œuvres chrétiennes ou classiques.

    Enfin la troisième partie aborde les textes qui présenteraient de supposées survivances du paganisme après la christianisation. Ici, Jiří Dynda invite à se réapproprier le terme de « syncrétisme ». Pour lui, la religion qui apparaît après la christianisation, en incorporant des éléments païens, souvent au prix de transformations importantes, forme un nouveau système cohérent, et non un simple empilement de strates hétéroclites. Il s’oppose avec vigueur, et avec raison, au concept de « double foi » (dvoeverie) : le terme n’apparaît que dans un seul sermon médiéval, et il sert à décrire qui semble n’être ni plus ni moins que la religion populaire d’alors, et non une persistance secrète du paganisme aux côtés du christianisme. De la même manière, les pages que l’auteur consacre à l’examen du cas de Rod et des Rožanicy sont un modèle d’examen critique.

    L’auteur insiste au fil des pages sur la possibilité d’une forme d’hénothéisme chez les Slaves : l’idée est intéressante et a le mérite d’expliquer certaines choses, comme le fait que, d’une tribu à l’autre, le dieu principal ne semble pas être le même, alors qu’on sait qu’il y a eu des divinités communes à l’ensemble du monde slave. C’est une situation qui, finalement, n’est guère différente de celle des Celtes antiques : on sait que chez ceux-ci, il y avait un grand dieu, maître du panthéon, assimilé à Jupiter après la conquête romaine, mais cela n’a pas empêché chaque cité de vouer un culte à un dieu particulier (ainsi, les Trévires vénèrent principalement Mars Lenus). De même qu’en Grèce Zeus est maître du panthéon, mais c’est à Athéna que l’Attique voue un culte particulier.

    Un détail finalement dans ce livre ne m’a pas convaincu : je ne pense pas que Prove, dieu mentionné chez les Obodrites, existe. Une variante propose la forme « Prone »5, et il me semble que c’est celle-ci qu’il faut prendre en compte : Prone pourrait bien en effet n’être, comme je l’ai écrit dans ma thèse, qu’une prononciation germanique de Perun, ce qui change alors tout pour ce qui concerne la hiérarchie locale des dieux.

    Mais au-delà de cette petite remarque, il faut bien garder à l’esprit que le livre de Jiří Dynda est un ouvrage remarquable, important, dû à un auteur qui a les capacités intellectuelles d’interroger les sources, quelle que soit leur langue, parfois immédiatement dans leurs manuscrits, et donc de les critiquer utilement. Tout cela sans verser dans l’hyper-criticisme : au contraire, l’auteur y reste ouvert au comparatisme. Slavic Paganism in Medieval Christian Writings est donc une belle œuvre.

     

    Patrice Lajoye

    1Juan Antonio Álvarez-Pedrosa (dir.), Sources of Slavic Pre-Christian Religion, 2020, Leiden, Brill. Cet ouvrage fait suite à une première version publiée en espagnol en 2017.

    2Juan Antonio Álvarez-Pedrosa and Enrique Santos Marinas, Rituals in Slavic Pre-Christian Religion. Festivals, Banqueting, and Divination, 2023, York, Arc Humanities.

    3Stanisław Rosik, The Slavic Religion in the Light of 11th- and 12th-Century German Chronicles (Thietmar of Merseburg, Adam of Bremen, Helmold of Bosau), 2020, Leiden, Brill.

    4Jiří Dynda, Slovanské pohanství ve středověkých pramenech, 2017, Prague, Scriptorium ; Jiří Dynda, Slovanské pohanství ve středověkých ruských kázáních, 2019, Prague, Scriptorium.

    5C’est d’ailleurs celle-ci que Juan Antonio Álvarez-Pedrosa et son équipe retiennent, considérant que Prove peut être une cacographie pour Prone.

  • (Review) Francesca Prescendi – Lupae. Présences féminines autour de Romulus et Rémus

    Capture2.jpgFrancesca Prescendi, Lupae. Présences féminines autour de Romulus et Rémus, 2024, Turnhout, Brepols, coll. « Generation Bodies and Gender in History, 4 ».

     

    Le fait que cet ouvrage soit paru dans une collection qui se proclame ouvertement féministe et qu’il porte en exergue une citation «il nostro è un mondo fabbricato dagli uomini, la loro dittatura è così antica… e tutti i loro eroi sono maschi» découragera peut-être certains, qui le rangeront sans plus sous l’étiquette jugée infamante de gender studies et se dispenseront de le lire. Ils auraient certainement tort, car ce petit livre ouvre des pistes de réflexion très intéressantes sur des questions débattues depuis toujours. Ajoutons qu’il est de lecture agréable et que ses petites dimensions ne l’empêchent pas de s’appuyer sur une riche bibliographie, fondée sur les travaux les plus récents, en même temps que sur une attrayante iconographie, qui souvent enrichit le propos par des analyses originales (ainsi pour l’identification, fig. 11, p. 52, d’un détail de la fresque de Pompéi, comme révélant la référence à la version rare de la précipitation dans le fleuve – que ce soit le Tibre ou l’Anio – de la mère des jumeaux). S’agissant de présences féminines dans la légende des origines de Rome, on aurait pu s’attendre à voir longuement traitée la question de l’enlèvement des Sabines, qui marque l’achèvement de la formation de la cité, où l’élément féminin a dès lors sa place au même titre que l’élément masculin, et son entrée dans le concert des nations, mais l’autrice ne fait que l’évoquer en passant (p. 20-22), sans insister, comme on aurait pu s’y attendre dans une optique étroitement féministe, sur le caractère de viol de l’épisode mais en dégageant, à juste titre, son rôle de passage d’un stade où la violence fait place à l’ordre, la transgression aux mores. Francesca Prescendi s’attache en revanche, dans trois chapitres successifs, «Focus sur les mères des jumeaux», p. 31-69, «Lait fondateur: la louve, le figuier et la déesse», p. 71-100, «Acca Larentia, une ancêtre bienfaitrice», p. 101-127), à trois figures qui ont leur place dans le début de la légende, deux femmes, la mère des jumeaux (avec une bonne présentation, p. 32-36, de la question de ses différents noms, Ilia et Rhéa Silvia) et la compagne du berger Faustulus, qui joue le rôle de mère nourricière, et, entre les deux, l’animal femelle qui, à la place de la mère biologique immédiatement éliminée et en attendant qu’ils soient allaités par Acca Larentia, nourrit de son lait les deux enfants qui connaissent à leur naissance, comme tant de héros, une phase de rejet au sein du monde sauvage. S’agissant de la mère des jumeaux, l’autrice prend ses distances par rapport à une explication purement historique du statut servile attribué au personnage dans la légende de Promathion, qui a fréquemment été expliqué comme une projection de la figure du roi Servius Tullius, dans la légende des origines de roi Servius Tullius (p. 57-69), et estime qu’il a pu relever d’une ancienne de la vision du personnage (p. 57-69, et conclusion générale p. 130) ; elle ne fait pas intervenir de considérations comparatives comme celles que nous avons reprises à la suite de Georges Dumézil sur l’ancienneté de la version où les enfants naissent d’une divinité masculine du foyer (et se tient à la version classique faisant du dieu Mars leur père), mais il est clair que celles-ci vont dans le sens d’une substitution comme procréatrice des jumeaux d’une servante à la fille d’un roi. Dans le deuxième chapitre, la thématique du lait ne permet pas seulement à l’autrice de faire intervenir les deux types d’êtres femelles que sont la louve et Acca Larentia, mais également le figuier, dont la sève blanche était désignée elle aussi par le terme lac et dont le fruit a la forme d’un sein féminin: cela donne lieu à de suggestives réflexions non seulement sur la déesse Rumina comme divinité agissant sur la mamelle, mais même sur l’«interspécisme» qui caractérise la légende, où se côtoient dans un rôle de donneuses de lait, une femme, Acca Larentia, une bête, la louve, et une plante, le figuier (p. 95-98) – ainsi que, plus classiquement, à des considérations sur le caractère réputé primitif de l’offrande de lait par rapport à celle de vin. Le dernier chapitre se recommande par la manière, à nos yeux définitive, dont il balaie la vieille discussion, initiée en 1871 par Theodor Mommsen, sur «die echte und die falsche Acca Larentia», à propos des deux Larentia que nous font connaître les textes, la femme qui recueille les jumeaux et la courtisane aimée d’Hercule. Francesca Prescendi rappelle que l’argument de l’antériorité de la figure de prostituée sur celle de la nourrice des jumeaux ne tient plus à partir du moment où on ne rejette plus le témoignage de l’Origo gentis Romanae comme on le faisait au xixe siècle et insiste à juste titre sur les analogies des deux Larentia, le même métier de lupa étant attribué à la seconde qu’à la première, ainsi que, dans certaines versions, le don qu’elle aurait fait à sa fortune au peuple romain. L’autrice se livre à une étude remarquable des diverses strates de la légende, mettant en relief le rôle de Caton, Valerius Antias, Licinius Macer, Verrius Flaccus, Plutarque (p. 113-119). On la suivra sans réserve dans l’idée que la réputation de lupa attribuée à la mère nourricière de Romulus et son frère n’est pas le produit d’une rationalisation secondaire du motif de la louve, mais de la nature même du personnage, qui faisait de l’animal et de la femme des doubles l’un de l’autre, tous deux connotés par leur marginalité.

     

    Dominique Briquel

  • Call for Papers: Monothéismes et mythologie comparée / Monotheisms and Comparative Mythology

    Appel à textes / Call for papers

     

    Monothéismes et mythologie comparée / Monotheisms and Comparative Mythology

     

    Nouvelle Mythologie Comparée (New Comparative Mythology), revue de mythologie au comité de lecture international, lance, pour son neuvième numéro, un appel à texte sur le thème « Monothéismes et mythologie comparée ».

     

    Les articles proposés devront présenter une approche comparative des traditions légendaires des différentes religions monothéismes (christianisme, judaïsme, islam, etc.), en particulier dans leur rapport avec les mythologies des cultures polythéistes qu’elles ont rencontrées. Les axes d’études seront donc très variés, par exemple : l’héritage des traditions celtiques dans le christianisme médiéval ; l’influence des autres religions proche et moyen orientales sur le judaïsme ; l’incorporation de récits locaux dans telle ou telle forme régionale de l’islam ; etc.

     

    Toutes les approches comparatives ou l’utilisation de sciences connexes du comparatisme mythologique (linguistique, archéologie, ethnologie, etc.) sont permises pour peu qu’elles soient basées sur une méthodologie scientifique solide, en particulier au niveau philologique et historique. Notre vision de la mythologie comparée est plurisdisciplinaire et est inspirée des démarches de Georges Dumézil, Claude Lévi-Strauss, Calvert Watkins, de Vyacheslav Ivanov ou bien encore de Julien-Algirdas Greimas.

     

    Des articles ne touchant pas au sujet de ce thema pourront aussi être acceptés et seront publiés en fin d’année, voire, l’année suivante, dans la section varia. Toutes les thématiques, époques et cultures sont acceptées pour les varia, pour peu que les traditions comparées ne concernent pas seulement un groupe culturel unique – uniquement des mythes grecs, par exemple.

     

    Après acceptation par notre comité de lecture et d’éventuelles modifications demandées, les articles retenus seront publiés sur le site de notre revue, avant d’être compilés en un volume pour une impression à la demande.

     

    Les contributions ne pourront dépasser les 150000 signes, espaces compris, mais sans les notes de bas de pages ou la bibliographie. Les textes doivent être rédigés en français ou en anglais et accompagnés d'un résumé et de mots-clés dans ces deux langues. Les formats acceptés sont .doc .odt et .pdf. La mise en page doit être la plus simple possible. Concernant les normes d’appel de références et de bibliographie, veuillez vous référer à l’un des articles de notre dernier numéro :

     

    http://nouvellemythologiecomparee.hautetfort.com/numero-6-no-6-2021/

     

    La date limite de leur envoi sera le 31 décembre 2025. La publication des articles pour ce numéro commencera en janvier 2026. Le temps entre les demandes de corrections et le retour du manuscrit ne devra pas dépasser trois mois.

     

    Les textes doivent être envoyés à l’adresse suivante :

     

    mythologie.comparee@gmail.com

     

    L'équipe éditoriale de Nouvelle Mythologie Comparée (New Comparative Mythology).

     

     

    Nouvelle Mythologie Comparée (New Comparative Mythology), an internationally reviewed mythology journal, is launching a call for papers for its ninth issue on the theme "Monotheisms and Comparative Mythology."

     

    Submitted articles should present a comparative approach to the legendary traditions of different monotheistic religions (Christianity, Judaism, Islam, etc.), particularly in their relationship with the mythologies of the polytheistic cultures they encountered. The areas of study will therefore be very diverse, for example: the legacy of Celtic traditions in medieval Christianity; the influence of other Near and Middle Eastern religions on Judaism; the incorporation of local narratives into a particular regional form of Islam; etc.

     

    All comparative approaches or the use of related sciences of comparative mythology (linguistics, archaeology, ethnology, etc.) are permitted, provided they are based on a sound scientific methodology, particularly at the philological and historical levels. Our vision of comparative mythology is multidisciplinary and inspired by the work of Georges Dumézil, Claude Lévi-Strauss, Calvert Watkins, Vyacheslav Ivanov, and Julien-Algirdas Greimas.

     

    Articles unrelated to this theme may also be accepted and will be published at the end of the year, or even the following year, in the Varia section. All themes, periods, and cultures are accepted for Varia, as long as the traditions being compared do not concern a single cultural group—only Greek myths, for example.

     

    After acceptance by our editorial committee and any requested modifications, the selected articles will be published on our journal's website before being compiled into a single volume for print-on-demand. Contributions may not exceed 150,000 characters, including spaces, but excluding footnotes or bibliography. Submissions must be written in French or English and accompanied by an abstract and keywords in both languages. Accepted formats are .doc, .odt, and .pdf. The layout should be as simple as possible. For reference and bibliography guidelines, please refer to one of the articles in our latest issue:

     

    http://nouvellemythologiecomparee.hautetfort.com/numero-6-no-6-2021/

     

    The deadline for submissions will be December 31, 2025. Publication of articles for this issue will begin in January 2026. The time between correction requests and the return of the manuscript should not exceed three months. Submissions should be sent to the following address:

     

    mythologie.comparee@gmail.com

     

    The Editorial Team of Nouvelle Mythologie Comparée (New Comparative Mythology).