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NMC

  • Jacques E. Merceron - Enfants et descendants de la Vache cosmique

    Enfants et descendants de la vache cosmique ou d'une vache-mère dans les mythes, épopées et contes merveilleux

     

    Jacques E. Merceron

    Indiana University (Bloomington, USA)

     

    Abstract : Although largely overshadowed in the contemporary imagination by the bull, the cow has nevertheless enjoyed long hours of glory as the Cosmic Cow or as the cow-mother of heroes and heroines in the myths, epics, sagas and wonder tales of many countries and civilizations. Hence, this essay is devoted to tracing the various manifestations of the Cow’s divine or human descent – “calves,” “bulls” and “heifers” – since from their conception to their first heroic deeds or their initiatory trajectory.

    Keywords :Cosmic Cow, Great Goddess as Bovine, Primal Waters, Cosmic Calf / Bull, Giants, Old Woman, Cinderella-like heroine, Jean le Fort, fish, whale.

    Résumé : Largement éclipsée dans l’imaginaire contemporain par le taureau, la vache a néanmoins connu de belles heures de gloire en tant que Vache cosmique ou en tant que vache-mère de héros et héroïnes dans les mythes, épopées, sagas et contes populaires merveilleux de nombreux pays et civilisations. C’est à parcourir les diverses manifestations de sa descendance divine ou humaine – « veaux », « taurillons » et « génisses » – depuis sa conception jusqu’à ses premiers pas ou à son initiation héroïques, que cette étude est consacrée.

    Mots-clés : Vache cosmique, Grande Déesse bovine, Eaux primordiales, Veau / Taureau cosmique, géants, la Vieille, héroïne à la Cendrillon, Jean le Fort, poisson, baleine.

     

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  • (Review) Karapet Melik-Ohandjanian – Les Fous de Sassoun

    Sassoun.jpgKarapet Melik-Ohandjanian, Les Fous de Sassoun, épopée nationale arménienne, 2015, Erevan, Edit Print, 721 p.

     

    Les épopées arméniennes populaires, notamment celles concernant ceux qu’on a appelé les Fous de Sassoun – le plus illustre étant David de Sassoun – sont encore peu connues des spécialistes de la mythologie comparée, parmi lesquels se trouvent peu de personnes maîtrisant l’arménien. Aussi, venant des chercheurs francophones, ne peut-on lire que des études ponctuelles, notamment de Claude Steckx1, de Marcel Meulder2ou de moi-même3. Une seule étude, très brève, spécifiquement consacrée à ce cycle, est parue, à ma connaissance, en français4. On peut noter que le lectorat anglo-saxon est à peine mieux servi.

    Pourtant, on disposait jusqu’ici de deux traductions du cycle, reposant sur deux versions différentes: celle de Frédéric Macler en 19335, et celle de Frédéric Feydit en 19646. L’une comme l’autre sont basées sur des versions synthétiques élaborées par des folkloristes arméniens à partir de plusieurs versions. Il est en effet assez rare de noter chez un seul conteur l’ensemble du cycle. Mais tandis que les récits caucasiens sur les Nartes sont maintenant bien connus et employés par les mythologues, grâce à l’action de sauvegarde et d’étude menée durant toute sa carrière par Georges Dumézil, l’épopée populaire arménienne reste, je l’ai dit, relativement méconnue et peu utilisée en mythologie.

    Or il s’agit-là tout de même d’un corpus important, dont l’étude n’a jamais vraiment cessé en Arménie-même, et le présent volume nous offre un écho de ces travaux.

    Les Fous de Sassoun nous propose en effet, en version bilingue arménien-français, un ensemble de neuf versions différentes et complètes du cycle, collectées entre 1873 et 1932, et sélectionnées par le folkloriste Karapet Melik-Ohandjanian (1893-1970). Neuf versions complètes, quand jusqu’ici nous n’en disposions en français que de deux. Il va donc sans dire que ce livre recèle un petit trésor, car il en va de l’épopée arménienne comme des autres épopées populaires: les variantes sont aussi nombreuses qu’il y a de conteurs, et chacune peut avoir son importance.

    Prenons pour exemple le duel final entre David de Sassoun et son adversaire de toujours, le Mélik de Missir, ici correctement orthographié Msramélik. Dans les versions traduites par Macler ou Feydit, on voit le Msramélik se faire creuser une fosse et s’y enfouir sous un certain nombre de meules et de peaux de buffle, afin de se protéger du coup mortel de David. Or on découvre dans Les Fous de Sassoun une variante qui le montre s’enfouir non plus dans une fosse, mais sous un tas de cadavres collectés sur le champ de bataille. Cette variante, pour isolée qu’elle soit, doit tout autant faire sens que les autres.

    La copieuse étude introductive de Karapet Melik-Ohandjanian, datant de 1964, est elle-même très utile, même si elle est parfois hardie. Son hypothèse voulant que le Grand et le Petit Mher ne soient que deux aspects d’une seule ancienne divinité, l’iranien Mithra, est séduisante: l’auteur note bien que si Mithra est né d’un rocher, la mère de Mher conçoit celui-ci de l’eau d’un fontaine jaillie d’un rocher. L’hypothèse est aussi assurée du point de vue étymologique. Pour l’auteur d’ailleurs, seul le Petit Mher, fils de David, aurait initialement existé.

    Deux regrets viendront toutefois conclure ce compte rendu. Le premier concerne l’absence de relecture sérieuse de la version française, notamment concernant les textes de la préface et de l’introduction. Les coquilles sont nombreuses, et si la traductrice maîtrise le français, elle n’avait visiblement pas complètement le bagage culturel nécessaire pour un tel travail. Ainsi, le mythographe grec Évhémère est appelé «Éphémère» (p. 19), le latin mithraeum (sanctuaire de Mithra) est rendu par mithreum (p. 91), le grand historien arménien que la tradition érudite francophone connaît sous le nom de Moïse de Khorène, est ici systématiquement dénommé Movsès Khorenatsi ou simplement Khorenatsi, ce qui, il est vrai, est la forme la plus exacte, mais n’aide pas le non spécialiste de l’Arménie.

    Le deuxième regret concerne la diffusion du livre. Bien qu’étant intégralement bilingue arménien-français, Les Fous de Sassoun n’est absolument pas diffusé en France. Pour se le procurer, il est donc nécessaire de le commander directement auprès de l’éditeur, à Erevan, éditeur heureusement doté d’un site ayant une interface en anglais.

     

    Patrice Lajoye

    1Claude Sterckx, « Lugus et David de Sassoun », Polifemo, 10, 2010, p. 434-450.

    2Marcel Meulder, Quelques parallèles entre les mythes grec de Persée et celte de Lugh, 2015, Bruxelles, Société belge d’Études celtiques, Mémoires n° 37.

    3Patrice Lajoye, Fils de l’orage. Un modèle eurasiatique de héros ?,2016, Lisieux, Lingva.

    4Chaké Der Melkonian-Minassian, L’Épopée populaire arménienne David de Sassoun : étude critique,1972, Montréal, Presses de l’Université du Québec.

    5Frédéric Macler, Contes, légendes et épopées populaires d’Arménie,II, Légendes, 1933, Paris, Geuthner.

    6Frédéric Feydit, David de Sassoun, épopée en vers,1964, Paris, Gallimard. Le même auteur avait lui-même publié un copieux article sur le sujet : « L’épopée populaire arménienne », Pazmaveb, 1957, 115, p. 27-37, 173-184 et 224-231.

  • (Review) Mémoires du Cercle d'Études mythologiques, XXIX

    DSCN8119.jpgMémoires du Cercle d’Études mythologiques, XXIX, 2019, 108 p.

     

    La nouvelle livraison des Mémoires du Cercle d’études mythologiques, dirigés par Bernard Coussée, ne contient que trois articles, d’ampleur inégale. Elle s’ouvre en effet par un copieux article de Daniel Gricourt et Dominique Hollard, «Les bornes du Nouvel An gaulois et leur héritage médiéval: la Saint-Denis (9 octobre) et la Sainte-Catherine (25 novembre)». Cette étude, dédiée à notre confrère et ami Jean Paul Lelu, décédé en 2018, suit les voies tracées par celui-ci concernant la recherche de la mémoire des calendriers antiques dans le calendrier festif médiéval et moderne. L’article de Daniel Gricourt et Dominique Hollard se base cependant sur un présupposé qu’il est nécessaire d’accepter, à savoir leur hypothèse concernant les dieux Lug et Cernunnos, qui seraient des jumeaux, sortes de Dioscures se partageant l’année1. Je n’ai pour ma part pas été convaincu par cette hypothèse2. Cependant, ce nouvel article se focalise sur des dossiers hagiographiques bien établis, ceux donc de Denis et de Catherine d’Alexandrie. Les auteurs suggèrent d’ailleurs que le culte de cette dernière, en Gaule, aurait pu remplacer, au moins localement, celui d’Epona: voilà une hypothèse séduisante qui mériterait d’être examinée plus en profondeur par la suite.

    Bien moins intéressant est l’article suivant, de Pierre Cardascia: «Les dieux lécheurs. Corpus et méthodologie autour de la mythologie de la langue». Les folkloristes normands connaissent bien un texte du XVIIe siècle, intitulé la Friquassée crotestyllonnée, qui est une sorte de grand coq à l’âne, où l’on passe d’un sujet à l’autre sans trop savoir où cela mène, sans chercher à faire sens, juste pour le plaisir du bon mot. Le présent article est ainsi: on passe d’un nom lituanien de l’ours aux discours conspirationnistes, puis à Jung et aux neurosciences. Au final, on n’y croise pas le moindre «dieu lécheur», et la méthodologie annoncée est absente. L’auteur achève par: «Il est toujours difficile de conclure un article de mythologie, tant on est certain de n’avoir jamais épuisé le moindre sujet». Mais quel était bien le sujet?

    Le dernier article est d’une tout autre trempe. Signé par Bernard Coussée lui-même, «Le péché de Charlemagne» traite d’une question qui avait déjà été abordée en 1999 par Monique Houart3: l’inceste de Charlemagne commis avec sa sœur, et ses conséquences. Basant son travail une belle étude publiée en son temps par Gaston Paris4, Bernard Coussée traite ici de plusieurs cas d’amours extraconjugales prêtées à Charlemagne, notamment de celles qui ont conduit à la fondation d’Aix-la-Chapelle, où l’on sent poindre la figure d’Apollon Grannus. Il s’agit-là d’une étude stimulante5.

    Le sommaire de ce numéro est donc clairement en demi-teinte. Il contient toutefois quelques très bonnes pages qui tracent de nouvelles pistes de recherches intéressantes.

     

    Patrice Lajoye

    1Voir à ce sujet leur important essai: Cernunnos, le dioscure sauvage. Recherches comparatives sur la divinité des Celtes, 2010, Paris, L’Harmattan.

    2Voir aussi le compte rendu de Guillaume Oudaer, paru dans Ollodagos, XXVI, p. 287-291.

    3Monique Houart, «Le péché de Charlemagne. Une lecture celtologique», Ollodagos, XII, 1999, p. 249-299. Une référence qu’on est surpris de ne pas voir dans la bibliographie du présent travail.

    4Gaston Paris, Histoire poétique de Charlemagne,1865, Paris, A. Franck.

    5Aussi pardonnera-t-on à l’auteur quelques naïvetés étymologiques («‘chaste’ qui provient du sanscrit çistáh signifiant ‘instruit’», p. 103), ou quelques références de seconde main hasardeuses (tel que Strabon cité via un essai de Michel Onfray).