Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

NMC - Page 3

  • (Review) Halima Benchickh-Lehocine - Combattre les dieux. Le théomaque chez Nonnos de Panopolis

    Couverture_Benchikh_DIEUX_02.jpgHalima Benchickh-Lehocine, Combattre les dieux. Le théomaque chez Nonnos de Panopolis, 2025, Grenoble, UGA éditions.

    On connaît mieux en France Nonnos de Panopolis depuis l’édition héroïque des Dionysiaques (CUF 1976-2006) dirigée par Francis Vian, et celle du premier tome (chants I à VI) de la Paraphrase de l’Évangile selon Jean (CUF M. Ch. Fayant, 2025). L’œuvre de ce poète de l’Antiquité tardive demeure néanmoins difficile à maîtriser pour deux raisons principales:

    – son volume considérable (les Dionysiaques comptent 48 chants, le double de l’Iliade, la Paraphrase en compte 21);

    – la double postulation religieuse : comment le même poète a-t-il pu chanter tour à tour Dionysos et le Christ (ou inversement)? L’œuvre de Nonnos repose-t-elle sur une opposition, ou sur une unité syncrétique?

    Giraudet a vu dans l’épopée nonnienne «une forme vide aux potentialités infinies». Pour Halima Benchick-Lehocine, il faut trouver une clé qui permette d’entrevoir l’unité si problématique de l’œuvre. Même si le terme de «comparatisme» (p. 15) est ici discutable, le premier choix de l’autrice paraît judicieux: les adversaires de Dionysos comme ceux de Jésus sont des gens qui «combattent contre un dieu», des théomaques.

    Mais comment aborder cette recherche sans risquer la noyade dans l’immensité de l’œuvre? Cette fois encore, le choix était le bon: une étude précise et systématique du vocabulaire de la théomachie, d’abord dans l’ensemble de la littérature grecque, païenne et chrétienne, avant Nonnos, puis dans l’œuvre nonnienne. On peut ainsi esquisser le «portrait» des théomaques, qu’ils soient les adversaires de Dionysos ou ceux de Jésus, d’abord selon leur comportement en actes: hostilité, hybris, impiété, mépris de l’hospitalité, obstination; puis en discours: mensonges, insultes, menaces. Le dieu sait comment répondre à ces agressions: métamorphose, aveuglement, humiliation, mort… Cette mise en séries permet «d’entrevoir une véritable différence entre les Dionysiaques et la Paraphrase»: c’est que «dans l’Évangile l’offense est nécessaire» puisque Jésus doit être trahi par Judas et mis à mort (p. 204). Ce moment de l’étude m’a paru particulièrement important.

    L’autrice aborde ensuite une comparaison plus riche, à mon sens, à partir du thème des «Géants» qui «fonctionnent comme des exemples archétypiques de figures violentes qui se dressent contre le divin» (p. 209): pour la gigantomachie du chant 48 des Dionysiaques, Nonnos «réécrit le mythe pour faire de Dionysos le dieu principal» (p. 207). Caractéristique de ce «club des Géants» (l’expression est plaisante), on retrouverait la nature serpentine chez les personnages Juifs, dépeints de façon beaucoup plus négative que chez Jean, et qui sont liés à la Terre et fils de Satan. Cependant, la référence au serpent-diable et aux Géants bibliques reste implicite chez Nonnos, d’où le concept de «crypto-Géants» (p. 217). Intéressante est l’analyse des rapports entre Géants mythiques de la Grèce et les êtres antédiluviens de la Bible, ou le chasseur Nimrod et d’autres personnages de taille extraordinaire comme Goliath: «larcin» mythologique fait aux Grecs, ou l’inverse? Philon et les Pères de l’Église se sont posé la question. Le comparatiste, s’il est autorisé à parler de la Bible, est en droit de se la poser, à condition bien sûr de renouveler les termes et la méthode de l’enquête.

    L’autrice envisage aussi les querelles entre divinités, par exemple l’éris entre Dionysos et Poséidon pour la nymphe Beroé (et sa cité, Béryté) (Dionysiaques, 43) qui fait écho à la dispute de Poséidon avec Hélios pour Corinthe, et à celle, plus fameuse encore, du même Poséidon et d’Athéna pour Athènes. Plus curieuse est la rivalité de Nonnos avec son «père» en poésie, le grand Homère, qu’il entend dépasser en narrant la guerre de Dionysos contre les Indiens, autrement grandiose que celle de Troie.

    La lecture de cet ouvrage, ne le cachons pas, est difficile. Il s’agit essentiellement d’une étude stylistique et rhétorique souvent précise et très technique, qui contraindra parfois le non-spécialiste à consulter un lexique, et tout lecteur à se concentrer sur certaines formules d’abord énigmatiques: «l’hypallage tirant sur la métonymie» (p. 59). Ci n’entrez pas si vous ne maîtrisez pas le sens des «formules prodramatiques», de l’hypotypose, de l’épiphore, du «polyptote associé à l’antithèse», des «actes promissifs».

    Cette difficulté est aggravée par des négligences d’expression, par exemple les pléonasmes. Ainsi Agavé est décrite sous les traits d’un «félin carnivore» (p. 186): une lionne, certes, mais, que je sache, tous les félins sont carnivores, et souvent même carnassiers… On est parfois gêné par des constructions fautives: «l’instance poétique l’enjoint à faire…» au lieu de «lui enjoint de faire…» (p. 253).

    Combattre les dieux ne s’intéresse guère aux contextes historiques de la création nonnienne, et d’aucune façon aux cultures et traditions poétiques étrangères à ce couple inattendu «Homère-Évangile de Jean».

     

    Pierre Sauzeau



  • Décès de Christian Rose

    Christian.jpg

    Christian Rose nous a quittés.

    Ancien professeur de grec, il s’était ouvert au comparatisme mythologique, discipline qu’il exerçait depuis de longues années au sein de la Société Belge d’Études Celtiques, pour laquelle il assurait encore, depuis le départ en retraite de Claude Sterckx, l’organisation des journées d’études comparatistes.

    Grand lecteur de l’œuvre de Georges Dumézil, il avait lui-même publié une série d’articles portant essentiellement sur la comparaison entre les mythologies grecque et indienne, avec régulièrement des incursions dans les mondes iranien et celtique. Et ces articles étaient toujours solides, précis, argumentés, riches d’un savoir impressionnant. Il n’était en effet pas nécessaire de savoir dans quelle œuvre se trouvait tel aventure de tel héros : il suffisait de demander à Christian, qui pouvait citer l’œuvre, le livre et le chapitre demandé avec une précision impressionnante. Les discussions avec lui, régulièrement ponctuées de traits d’humour, étaient passionnantes d’érudition.

    Pour autant, il ne s’enorgueillissait pas de ce savoir : il était l’amabilité et la gentillesse incarnée.

    Christian Rose était avec nous le co-fondateur de Nouvelle Mythologie Comparée, un projet de revue qu’il a soutenu d’emblée.

    Il va de soi que nous nous efforcerons de lui rendre hommage, d’une manière ou d’une autre.

    Nous présentons toutes nos condoléances à ses enfants et petits enfants.

     

    Christian Rose is gone.

    A former professor of Greek, he had embraced comparative mythology, a discipline he had practiced for many years within the Belgian Society for Celtic Studies, for which he had continued to organize comparative study days since Claude Sterckx's retirement.

    A great admirer of Georges Dumézil's work, he himself published a series of articles focusing primarily on the comparison between Greek and Indian mythologies, with regular forays into the Iranian and Celtic worlds. These articles were always rigorous, precise, well-argued, and brimming with impressive knowledge. Indeed, it wasn't necessary to know in which work a particular hero's adventure appeared; one simply had to ask Christian, who could cite the work, the book, and the chapter in question with astonishing accuracy. Discussions with him, regularly punctuated by humor, were fascinating in their erudition.

    However, he didn't boast about his knowledge; he was kindness and gentleness personified.

    Christian Rose was with us as the co-founder of New Comparative Mythology, a journal project he supported from the outset.

    It goes without saying that we will strive to pay tribute to him in one way or another.

    We extend our deepest condolences to his children and grandchildren.

     

    Patrice Lajoye et Guillaume Oudaer

    Cliché: Joël Hascoët, que nous remercions.

  • Mythologie celtique / Celtic Mythology 1

    Nous sommes heureux de vous annoncer la parution du nouveau volume de notre collection "Bibliothèque de Nouvelle Mythologie Comparée": Mythologie celtique / Celtic mythology 1, dirigé par Guillaume Oudaer et Patrice Lajoye.

    CelticMythology-couverture-bis.jpg

     
    17 auteurs ont répondu à l'appel, nous permettant de proposer un sommaire qui couvre tous les champs des études celtiques.
    Pour recevoir cet ouvrage, vous pouvez nous faire un virement via Paypal de 40€, à l'adresse lviktoriya@aol.fr , ou bien nous envoyer un chèque français du même montant à l'ordre de Viktoriya Lajoye (22A rue de la Gare, 14100 Lisieux).
     
    We are pleased to announce the publication of the new volume in our "Library of New Comparative Mythology" collection: Mythologie celtique / Celtic Mythology 1, edited by Guillaume Oudaer and Patrice Lajoye.
    Seventeen authors responded to the call, allowing us to offer a table of contents that covers all areas of Celtic studies.
    To receive this book, you can send us a PayPal transfer of €40 to lviktoriya@aol.fr, or send us a French check for the same amount made payable to Viktoriya Lajoye (22A rue de la Gare, 14100 Lisieux, France).
     
    Table des matières / Table of Contents
     
    Claude Sterckx, Avant-propos / Foreword
    Martin Schönfelder, Sanctuaires et dieux de la culture de La Tène. Un aperçu et de nombreuses questions
    Winfried Kumpitsch, Mercurius Tourenus or Toutenus. An epigraphical reassessment
    Patrizia de Bernardo Stempel, A Fresh Look at the Mother Goddesses known as Matres and Matronae
    Audrey Ferlut, Abnoba, une interprétation de Diane ? 
    Daniel Gricourt et Dominique Hollard, La Vénus gallo-romaine « à la chouette ». Un héritage celtique
    Patrice Lajoye, An ancient Celtic rite in the work of Jonas de Bobbio? Saint Columbanus and the storm
    Tiziana Soverino, Macha, Navan Fort, and The Couvade. A Goddess, a Sanctuary, and a Public Rite 
    Phillip A. Bernhardt-House, “Pig-Tales” in the Mythological Lineages of Lleu and Lug
    Gaël Hily, Le panthéon irlandais selon Cormac mac Cuilennáin
    Philip Thornhill, River-deity to martyr-king Tewdrig of Mathern (or to brutal tyrant: Teudar of Cornwall)
    Guillaume Oudaer, La topogonie d’Emain Macha, la construction du Fort de Bres et leurs équivalents grecs et scandinaves
    John Waddell, The magic of Goibniu
    William Sayers, The Afterlife of Celtic Sovereignty Figures and Legendary Kings in Medieval Icelandic Literature
    Alexandr Mourashov, The female Sovereignty figure in the Grail romances : puella senilis and the Loathly Damsel
    Frédéric Kurzawa, Trois messagères de la mort : la bean sí irlandaise, la bean-nighe écossaise et la gwrach-yrhibyn galloise