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(Review) Mémoires du Cercle d'Études mythologiques, XXIX

DSCN8119.jpgMémoires du Cercle d’Études mythologiques, XXIX, 2019, 108 p.

 

La nouvelle livraison des Mémoires du Cercle d’études mythologiques, dirigés par Bernard Coussée, ne contient que trois articles, d’ampleur inégale. Elle s’ouvre en effet par un copieux article de Daniel Gricourt et Dominique Hollard, «Les bornes du Nouvel An gaulois et leur héritage médiéval: la Saint-Denis (9 octobre) et la Sainte-Catherine (25 novembre)». Cette étude, dédiée à notre confrère et ami Jean Paul Lelu, décédé en 2018, suit les voies tracées par celui-ci concernant la recherche de la mémoire des calendriers antiques dans le calendrier festif médiéval et moderne. L’article de Daniel Gricourt et Dominique Hollard se base cependant sur un présupposé qu’il est nécessaire d’accepter, à savoir leur hypothèse concernant les dieux Lug et Cernunnos, qui seraient des jumeaux, sortes de Dioscures se partageant l’année1. Je n’ai pour ma part pas été convaincu par cette hypothèse2. Cependant, ce nouvel article se focalise sur des dossiers hagiographiques bien établis, ceux donc de Denis et de Catherine d’Alexandrie. Les auteurs suggèrent d’ailleurs que le culte de cette dernière, en Gaule, aurait pu remplacer, au moins localement, celui d’Epona: voilà une hypothèse séduisante qui mériterait d’être examinée plus en profondeur par la suite.

Bien moins intéressant est l’article suivant, de Pierre Cardascia: «Les dieux lécheurs. Corpus et méthodologie autour de la mythologie de la langue». Les folkloristes normands connaissent bien un texte du XVIIe siècle, intitulé la Friquassée crotestyllonnée, qui est une sorte de grand coq à l’âne, où l’on passe d’un sujet à l’autre sans trop savoir où cela mène, sans chercher à faire sens, juste pour le plaisir du bon mot. Le présent article est ainsi: on passe d’un nom lituanien de l’ours aux discours conspirationnistes, puis à Jung et aux neurosciences. Au final, on n’y croise pas le moindre «dieu lécheur», et la méthodologie annoncée est absente. L’auteur achève par: «Il est toujours difficile de conclure un article de mythologie, tant on est certain de n’avoir jamais épuisé le moindre sujet». Mais quel était bien le sujet?

Le dernier article est d’une tout autre trempe. Signé par Bernard Coussée lui-même, «Le péché de Charlemagne» traite d’une question qui avait déjà été abordée en 1999 par Monique Houart3: l’inceste de Charlemagne commis avec sa sœur, et ses conséquences. Basant son travail une belle étude publiée en son temps par Gaston Paris4, Bernard Coussée traite ici de plusieurs cas d’amours extraconjugales prêtées à Charlemagne, notamment de celles qui ont conduit à la fondation d’Aix-la-Chapelle, où l’on sent poindre la figure d’Apollon Grannus. Il s’agit-là d’une étude stimulante5.

Le sommaire de ce numéro est donc clairement en demi-teinte. Il contient toutefois quelques très bonnes pages qui tracent de nouvelles pistes de recherches intéressantes.

 

Patrice Lajoye

1Voir à ce sujet leur important essai: Cernunnos, le dioscure sauvage. Recherches comparatives sur la divinité des Celtes, 2010, Paris, L’Harmattan.

2Voir aussi le compte rendu de Guillaume Oudaer, paru dans Ollodagos, XXVI, p. 287-291.

3Monique Houart, «Le péché de Charlemagne. Une lecture celtologique», Ollodagos, XII, 1999, p. 249-299. Une référence qu’on est surpris de ne pas voir dans la bibliographie du présent travail.

4Gaston Paris, Histoire poétique de Charlemagne,1865, Paris, A. Franck.

5Aussi pardonnera-t-on à l’auteur quelques naïvetés étymologiques («‘chaste’ qui provient du sanscrit çistáh signifiant ‘instruit’», p. 103), ou quelques références de seconde main hasardeuses (tel que Strabon cité via un essai de Michel Onfray).

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