Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

(Review) Simon Young et Davide Ermacora (éd.) - The Exeter Companion of Fairies

Capture.jpgSimon Young et Davide Ermacora (éd.), The Exeter Companion of Fairies, Nereids, Trolls and other Social Supernatural Beings. Europeans Traditions, 2024, Exeter, University of Exeter Press.

 

Après une introduction des deux éditeurs définissant ce que sont les créatures surnaturelles sociales, thème de ce nouveau volume de la collection « Exeter New Approaches to Legend, Folklore and Popular Belief », c’est l’Irlande qui ouvre le bal de cette série d’articles consacrée à ce sujet en Europe. John Carey décrit en effet le peuple du síde, autrement dit les anciens dieux du paganisme, vaincus, selon les textes mythologiques, par l’immigration humaine qui les a relégués sous les tumulus néolithiques devenus leur résidence. Ils y vivraient encore, formant des sociétés finalement similaires à celles des humains. Même s’il se limite aux sources médiévales, ce premier texte offre ici une belle synthèse sur le sujet.

Proche de l’Irlande, et appartenant aussi au domaine linguistique gaélique, l’île de Man est étudiée par Stephen Miller, qui cependant sort largement du sujet de l’ouvrage, puisqu’il donne un panorama général du folklore local (ce qui est toutefois toujours utile). L’Angleterre est traitée par Jeremy Hart, qui procède de la même manière, en se limitant toutefois à la seule époque moderne.

Dans le cas de l’Islande, Matthias Egeler commence par rejeter, à juste titre, les « elfes à touristes », qui ont envahi les écrans de façon tout-à-fait artificielle depuis quelques années, avant d’étudier une « véritable » société d’elfes, telle qu’attestée par les traditions populaires. Pour le reste de la Scandinavie, c’est Tommy Kuusela qui aborde les sociétés de trolls. Puis Yseult de Blécourt étudie le cas des Witte Wiewen des Pays-Bas, autrement dit des dames blanches. Là encore, le caractère social de celle-ci n’est pas évident, et les cas décrits les rapproches beaucoup de leurs homologues françaises, lesquels sont plus des fantômes que des créatures féeriques.

Traitant de la péninsule ibérique, José Manuel Pedrosa, abordant les cas des Moros, des Gentiles et des Encantadas, reste au contraire bien dans le sujet, montrant toute la richesse du légendaire local. Andrea Maraschi s’est attachée à étudier le cas français. Mais il s’est limité au Moyen Âge, à travers le regard de Gervais de Tilbury, considéré comme le premier folkloriste. Janin Pisarek et Florian Schaefer étudient les pays germanophones dans leur ensemble et offrent une description détaillée de trois types de créatures féeriques, les Moosweiblein, le Wichtel et les Nixen.

On passe ensuite à la Hongrie avec Éva Pócs, qui dresse le portrait de sociétés féeriques, lesquelles peuvent être aussi bien terrestres que céleste, puis Dorian Jurić décrit le cas des vile présentes dans tout l’ouest des Balkans (même si elles ont probablement été pan-slaves dans les temps anciens). Les antiques Néréides de l’ancienne mythologie grecque ont perduré dans le folklore contemporain, même si, comme le montre Tommaso Braccini, elles se sont transformées avec le temps.

On part ensuite en Lituanie, où les Laumė et les Laimės, étudiées par Francis Young et Saulė Kubiliūtė, ont des noms certes assonants, mais recouvrant sans doute des types différents de créatures féeriques. Le volume s’achève en Ukraine, où Natalie Kononenko, se basant sur les travaux de Volodymyr Hnatiuk, étudie le cas des Bohyni (« petites déesses »), spécifique à l’ouest de l’Ukraine, des créatures qui sont à la fois proches et distinctes des Roussalki connues par ailleurs dans le monde slave.

Comme on peut le voir, The Exeter Companion of Fairies, Nereids, Trolls and other Social Supernatural Beings couvre quasiment toute l’Europe, et c’est ce qui fait son intérêt. Les articles sont certes courts, mais aussi clairs et synthétiques. Tous s’achèvent sur une abondante bibliographie qui comprend aussi bien les sources employées que les études s’y rapportant. De ce simple fait, ce volume constitue une belle introduction à un sujet particulièrement vaste et complexe, et presque même un véritable manuel qui sera, n’en doutons pas, utile aux travaux à venir sur les sociétés féeriques.

 

Patrice Lajoye

Écrire un commentaire

Optionnel