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(Review) Journal of Vampire Studies 1

JVampireStudies.jpgJournal of Vampire Studies, 1, 2020 (Vampire Studies Association)

[Mise à jour: 3 janvier 2021] Le compte rendu ci-dessous a été réalisé sur la base d'une édition fautive commercialisée par Amazon.fr. Celle-ci comporte en effet de nombreuses erreurs de fabrication, tandis que deux des articles mentionnés ci-dessous n'apparaîtront que dans le numéro 2 de la revue, à paraître en juin 2021]

La toute nouvelle Vampire Studies Association, sise à Kensington en Australie, se donne pour but d’étudier la figure du vampire, que l’on retrouve un peu partout à travers le monde, d’une manière scientifique, en abordant aussi bien des questions de linguistique, d’histoire et d’ethnographie que de littérature. Le premier numéro de sa revue, The Journal of Vampire Studies, vient tout juste de paraître. Composé de cinq articles de recherche et d’une importante partie de débats et critiques, il inclut trois travaux qui relèvent de nos disciplines et sur lesquels ce compte rendu portera uniquement.

Avec «Etymologies of Vampire with pirъ ‘a feast’» (p. 2-15 – sic: sur les problèmes de pagination de ce numéro, voir infra), le Polonais Kamil Stachowki complète un article paru précédemment1, en examinant plusieurs hypothèses voulant que pirъ signifie «festin, libation», étymologie qu’il rejette au profit d’une origine turque du mot. Le sens du mot vampire, ou upir, dépendrait donc de celui qu’on donnerait au préfixe. Le rejet de Stachowki d’une étymologie slave me semble cependant assez mal argumenté. Il était clair, déjà, à la lecture d’un article récent de Stamatis Zochios, que le préfixe vam- est une évolution phonétique attendue chez les Slaves des Balkans, du préfixe u-2. Dans sa réponse à l’article (p. 141-147), Michael Dilts donne quelques arguments phonétiques permettant d’écarter l’origine turque, avant d’offrir des pistes de réflexions permettant d’associer un mort ou une créature démoniaque à un festin ou à une libation. À son tour, Bruce A. McClelland, répond aux doutes soulevés par Stachowski, pour appuyer l’hypothèse de l’étymologie slave.

Il ressort en tout cas de ces débats que le sens du préfixe u- n’est pas clair. Le vampire est-il «(celui) qui participe au festin (à la libation)», ou au contraire, «(celui) qui est exclu du festin (de la libation)»? La deuxième hypothèse pourrait être intéressante à deux titres. Les Slaves païens avaient tous pour coutume d’offrir un festin lors des funérailles. À ce titre, un vampire ne pourrait-il pas être celui qui n’a pas reçu ce festin? Plus largement, s’agissant d’une créature mythologique, le vampire ne pourrait-il pas être celui qui est exclu du festin d’immortalité, tel que théorisé par Georges Dumézil3, à l’instar de Loki exclu du banquet d’Ægir, mais qui s’y présente malgré tout, prétextant la soif?

Beaucoup moins problématique est l’article d’Álvaro García Marín, «Analysis of a 1725 report on vampirism in Kragujevac» (p. 3-27). L’auteur s’intéresse à une publication faite en 1791 dans un journal en allemand, et qui reprend un rapport supposé rédigé en 1725 concernant des cas de vampirisme survenus dans la ville de Kragujevac (Serbie). Le rapport original étant perdu, l’auteur, après avoir réédité le texte allemand et l’avoir traduit en anglais, se livre à un minutieux examen critique de cette source. Et s’il montre que la date n’est pas tout à fait exacte, il en valide cependant le contenu. Le texte lui-même est remarquable en ce sens qu’il concerne une ville, et non la campagne, où prennent place ordinairement les affaires de vampirisme.

Le troisième article, «New England vampires as local variants of a belief tradition», par Michael E. Bell (p. 28-51), est une belle étude de cas survenus en Nouvelle Angleterre aux XVIIIe et XIXe siècles. Il y est régulièrement question de personnes qui sont atteintes de tuberculose. On soupçonne alors la présence d’un mauvais mort (le terme «vampire», plus exactement «vampyre» n’apparaît que très tardivement, par suite d’influences littéraires), dont on ouvre la tombe. Il arrive alors que l’on prélève un organe du mort (souvent le cœur), qu’on le brûle et qu’on en fasse ingérer les cendres aux malades. L’auteur montre bien que cette façon de faire est vraisemblablement due à des guérisseurs itinérants, qui ont pu apporter cela d’Europe.

S’ensuivent deux articles plus littéraires, des notes et un abondant cahier critique. Avec cela, il est possible de dire que ce premier numéro est d’excellente tenue. On regrettera cependant quelques malfaçons: le sommaire, dans lequel les numéros de pages ne correspondent à rien, la pagination elle-même, qui parfait repart à zéro, enfin une feuille de style imprimée par erreur à la fin. Rien qui cependant ne gêne la lecture.

 

Patrice Lajoye

 

1Kamil Stachowski and Olaf Stachowski, «Possibly Oriental Elements in Slavonic Folklore. Upiór ~ wampir», in Essays in the History of Languages and Linguistics: Dedicated to Marek Stachowki on the Occasion of His 60th Birthday, 2017, Cracovie, Księgarnia Akademicka, p. 643-693.

2Stamatis Zochios, «Interprétation ethnolinguistique de termes mythologiques néohelléniques d’origine slave désignant des morts malfaisants», Revue des Études Slaves, 89, 3, 2018, p. 303-317, spécifiquement p. 307-310, citant un travail d’André Vaillant publié en 1931 et qui écartait déjà l’hypothèse d’une origine turque, telle celle soutenue par Stachowski.

3Georges Dumézil, Le Festin d’immortalité. Étude de mythologie comparée indo-européenne, 1924, Paris, Geuthner.

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